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Histoire vraie d'une vraie aventure

 

Par Martim Da Silva

 Elle était professeur des écoles, professeur de Portugais à Meaux, dans les années soixante. Il lui manquait une seule matière - Le latin - pour compléter son Bac en Portugais. Et un jour elle est venue me voir en me demandant des leçons particulières afin de se présenter aux examens organisés à Paris.

 Elle s'appelait Maria Augusta. Dès les premiers instants j'ai vu dans son regard et dans ses paroles une véritable détermination. Face à sa demande, je n'ai pas hésité  un seul instant à dire oui.

 Son intérêt et sa volonté s'affirmaient au fur et à mesure que l'on avançait dans l'étude d'une langue morte qui paradoxalement vit dans les langues dont l'origine est précisément le Latin.

 Un jour que nous discutions justement à propos de l'étude et de l'enseignement du Portugais en France, Maria Augusta m'a posé la question:

" Pourquoi ne pas créer l'enseignement du Portugais, à Meaux, au niveau secondaire? J'ai des élèves qui aimeraient continuer, mais je ne peux pas, car l'Enseignement par le Consulat du Portugal se termine en primaire".

 On était au troisième trimestre de l'année 1972, année où j'avais créé les Cours de l'Enseignement Secondaire au Raincy. Après quelques jours de réflexion, j'ai dit à Maria Augusta qu'elle pouvait informer les élèves et leurs parents que je mettrais tout en oeuvre pour que l'étude de la Langue et la Culture Portugaise à Meaux puisse se développer.

 J'ai eu un premier contact avec mes futurs élèves dans la salle de classe de Maria Augusta. Tous se sont présentés, et j'ai remarqué tout de suite que dans l'esprit de ces jeunes il y avait un vrai désir d'apprendre et surtout d'approfondir la langue et la culture de leurs origines. Et instinctivement quatre noms se sont gravés pour toujours dans ma mémoire: Ana Maria, Otília, Carlos et Felicidade.

 Les cours ont commencé au début du mois d'octobre 1973, tous les mercredis et samedis, au Centre Culturel de Pierre Colinet, à Meaux.

 Et c'est avec le plus grand enthousiasme que l'année scolaire s'est terminée, avec une douzaine d'élèves, fin juin 1974, la célèbre Année des Oeillets au Portugal.

 L'année suivante est arrivé en France et a intégré les cours de Portugais Victor Madeira qui allait marquer pour toujours cette extraordinaire aventure qui dure depuis plus de 40 ans et continue avec une équipe qui maintient l'enthousiasme des origines et sait utiliser la technique moderne, au service de l'enseignement de la Langue et de la Culture Portugaises.

                                                           06/06/2014

                                               Martim da Silva

 

 

Suite et sens de l'histoire...

 

Par Victor Madeira

 

 Avec l’aide essentielle du Père Martim j’ai enseigné la langue et la littérature portugaises puis orienté les activités et les destinées des cours de portugais à Meaux pendant 19 ans. J’ai été l’élève de Martim pendant 7 ans. Les cours de portugais à Meaux représentent 26 ans de ma vie. Mon engagement de tant d’années et ma relation profonde et pour tout dire passionnelle avec ces cours s’expliquent par la place que ma rencontre avec eux occupe précisément dans mon existence. Par la place qu’ils occupent chez tant d’entre ceux qui les ont traversés. 

 

 Expliquons.

 

 Je suis arrivé en France le dimanche 29 juin 1975. Je venais de fêter mes 11 ans et  enfin j’allais rejoindre mes parents après 4 ans d’éloignement, durant lesquels je ne les avais vus que pendant les vacances d’été. Je ne parlais pas français. Le mois de septembre 1975 deviendrait mon enfer personnel : à l'école, les yeux grand ouverts, les tympans effrayés, comment comprendre ces mots français venus de loin jusqu’à moi qui venais de loin ? Où et quand ces mots allaient-ils me rencontrer au juste? L’école est si belle, mais là ce fut l’enfer que tant d’enfants venus de loin connaissent encore aujourd’hui sur les chaises de l’école de la République, qui cherche à les aider cependant. Je n’ai pas à m’en plaindre : elle s’est bien occupée de moi à l’époque et pendant longtemps, cette école de la République. Mais septembre 1975 fut mon enfer personnel et solitaire. J’attendais jour et nuit l’oasis promise, la fraîcheur de l’eau de ma langue natale, fraîcheur annoncée par une inscription que mes parents avaient heureusement songé à faire auprès du Père Martim, qui venait de créer des cours de langue portugaise à la Maison des Jeunes et de la Culture de la Pierre-Collinet pour que les enfants d’immigrés portugais respirent un peu les syllabes chuintantes et gutturales de ce petit et pauvre rectangle perdu au bord de l’Atlantique. Mon premier cours eut lieu le mercredi 08 octobre 1975. Il changea à jamais ma vie. Je retrouvai ma langue parlée dans un espace réglé par l’autorité d’un maître savant et admirable, ce maître devait modifier la densité de mon existence à un tel point que l’enseignement et la littérature s’imposèrent progressivement à moi comme l’horizon de ma destinée. Cet homme était Martim. Ce qu’il m’apprit est immense. Ce que Martim et cette association ont représenté pour tant d’entre nous est de fait immense, et mon rêve fut toujours de rendre solide et ancré l’ensemble des valeurs humaines qu’il transmettait dans une profondeur légère, musicale, et effarante de justesse et de bienveillance. Mon souci, sévère dans la soif de rigueur exagérée de ma jeunesse, apprit dans ses gestes bien des choses  plus importantes. A commencer par réaliser qu’une association culturelle n’est pas simplement une école. Elle est un territoire d’actions et de valeurs. Il me le dit un jour assez nettement, avec ce ton grave qu’il prenait quand on risquait de trahir sans savoir. Et puis il me demanda de dispenser des cours à mon tour. Je fondai un Club de Théâtre portugais en octobre 1984 qui devait jouer pendant longtemps un rôle fondamental dans l’animation de l’association culturelle. Cette force d’un type particulier héritée de Martim, j’essayais en permanence de la reconduire auprès de mes élèves. Martim me confia quelques temps après la responsabilité d’organiser les cours à Meaux.  Carlos Mateus, ma sœur Dina, Teresa Carreira, Monique, Fernanda, Paula Brito, Paula Zagalo, Nathalie, tous ceux-là qui surgissent dans ma mémoire sans chronologie, furent d’abord mes élèves puis devinrent animateurs à mes côtés, compagnons de route dans ce travail harassant d’instruire dans une langue devenant de plus en plus étrangère aux enfants. Ce fut la belle équipe au travail pendant tant d’années. Histoire, littérature, langue, théâtre, musique… J’aurais voulu être pour ceux-là qui travaillaient avec moi ce que Martim avait été pour moi. La résonance d’une voix. Ils sont mes précieux amis d’aujourd’hui. Bien d’anciens élèves doivent se souvenir de cette équipe extraordinaire de volonté, de patience, d’énergie, d’obstination... Ces mots peuvent paraître exagérés mais la réalité de ce qui a été fait avec tant d’enfants dépasse les mots. C’est avec le temps à mes côtés, témoin inflexible, que je parle ici, que je dis ces mots. Il est le témoin invisible de notre volonté. Après mon départ –il faut bien partir-  Monique a orienté le travail de l’équipe qui se renouvelait encore un peu : Filipe Maia, un ancien élève des cours de portugais du Raincy, et Nathalie de Oliveira, qui fut mon élève et membre du club de théâtre, les rejoignirent dans l’aventure... Monique a maintenu le beau cap. Et puis le temps use un peu : cette équipe est partie à son tour – il faut bien partir-, une autre l’a remplacée. Heureusement.

 

 Notre jeunesse a été employée à ceci, qui est énorme, l’instruction sans compter le temps. Nous venions tous du même endroit. Je ne parle pas du Portugal, les plus jeunes étaient déjà nées en France, mais plutôt de ce territoire pour les immigrés qui est l’Absence. Tous les émigrés ont un sentiment d’espace d’Absence, transmis par tant de choses et de mots. Oui, un territoire. Nous venions de l’Absence et ces cours ont bâti la Présence. Présence d’un horizon, ici. Présence d’une certaine force apaisée, ici. Sachant d’où nous venions –de cette Absence- nous avons désiré être ici, nous avons structuré un chemin en pleine Présence dans ce beau pays qui nous accueillit. Merci Martim. A jamais, au nom de tous, à jamais, Mestre querido, merci pour la grâce de cette Présence acquise au sein du danger de s’absenter. Merci.

 

 Que la nouvelle équipe ouvre les nouveaux chemins. Une de mes anciennes élèves, et ancien membre du club de théâtre portugais, Carla, et ma fille Inès en font partie. Que l’histoire continue, avec d’autres enseignants, d’autres enfants. Ceux qui viennent aux cours aujourd’hui y apprennent pour la plupart une langue parlée en tant que langue maternelle par leurs grands-parents. Rarement par leurs parents. Mais il faut continuer. Car d’autres Absences toujours menacent les enfants. 

 

                                                                                26/04/2015

 

                                                    Victor Madeira